Le Crapaud de Bénitier

Un jour, face à mes peurs, mes résistances, mes miroirs intérieurs, mon petit côté rebelle a lâché :

« T’as qu’à être un Crapaud de bénitier. »

Et bizarrement… tout s’est éclairé.

Pourquoi le Crapaud ?

Parce que le Crapaud, ce n’est pas la Grenouille installée, droite, fidèle, immobile. Le Crapaud, c’est autre chose : pas gracieux, pas conventionnel, un peu à part, un peu de travers — mais sincère, vrai, maladroit, et profondément touchant.

Le Crapaud n’a pas le port altier de la Grenouille. Il n’a pas son chapelet millimétré, ni son banc réservé depuis 1950. Mais il est là. Présent. Créature de Dieu quand même.

Et dans les contes, rappelons-le : le Crapaud se transforme en prince.

Le jour où une Grenouille m’a donné sa place

Un dimanche, l’église est pleine. Pas une place. Mon dos hurle. Je fais le calcul rapide : dignité ou douleur ? Je choisis la sortie. Discrète. Lâche, mais avec la conscience tranquille : mon dos est INSUPPORTABLE.

Et là, une main se pose sur mon bras.

Une vieille dame — une vraie Grenouille — se lève et me cède son siège. Sans bruit. Sans attendre de remerciements. Avec ce sourire tranquille de quelqu’un qui a compris depuis longtemps que “offrir gratuitement” c’est prendre soin de Dieu, et accessoirement je ne suis pas invisible : les Grenouilles me reconnaissent et me valident en personne parfois vraiment pas en forme…

Je m’assois. Gênée. Bouleversée. Touchée.

J’ai vécu une très belle messe.

Ce que j’ai compris ce jour-là

J’avais tort sur les Grenouilles. Pas sur leur immobilisme — ça, c’est factuel. Mais sur leur cœur intérieur et leur bienveillance.

Elles savent des choses que je ne sais pas encore. Elles portent le monde par leur prière. Elles tiennent la dernière ligne droite avec une dignité tranquille. Lentes, mais solides. Leurs familles, leurs amis, les pèlerins de Paray-le-Monial, le monde entier profite de leurs prières. C’est admirable.

Je les en remercie. Et durant cette transformation — Blaireau, Crapaud, Pêcheur — je m’unis à leur prière quand je suis avec elles.

Alors la mort devient vie

En 27 mois, j’ai traversé un tsunami.

Le bureau de Xavier est à l’étage. Il y a un lit dans ce bureau. Je montais voir un vivant.

J’ai trouvé un mort.

Comme dit un ami : “Je vais voir un vivant et je trouve un mort.” Il n’y a pas d’autres mots.

Ce qui a suivi, je ne savais pas que j’allais pouvoir le traverser. L’État. Les impôts. Les emmerdes. La culpabilité. La détresses. Les nuits blanches. L’absence de Xavier. Le vide. La peur. Le sens de la vie en questionnement.

Je ne sais toujours pas comment j’ai tenu.

Sauf que si. Je sais.

J’ai choisi Dieu. Exactement Dieu le Fils, Jésus.

Il a fait le reste — en veillant sur moi à travers ceux qu’il m’avait déjà donnés. Mes cinq frères, topissimes, présents, solides. Quelques amis proches qui m’ont accompagnés avec douceur et présence sans oublier ma belle famille, ma belle mère est une vrai Sainte. Plus ce prêtre, et bien sur toutes ces Grenouilles.

Oui la grâce a des visages. Je les connais par cœur.

Je suis encore Crapaud. Mais un Crapaud qui avance. Et ça… ça s’appelle devenir Pêcheur.

→ Et pourtant… j’avais déjà reçu la première grâce → Les parents