Les Grenouilles de Bénitier

Très vite je découvre leur existence

À Paray le Monial, j’ai très vite remarqué les Grenouilles de Bénitier. Toujours les mêmes. Toujours à la même place. Chapelet en main, regard de propriétaires. Elles semblent avoir poussé là, entre les dalles et l’encens, depuis le Concile de Trente.

Elles ne sont pas méchantes. Elles ne parlent pas beaucoup. Elles prient, elles tiennent, elles veillent, quelque soit la météo, brinquebalantes, elles ont quittés leur maison de retraite, proche, mais quand même, ils faut qu’elles marchent un minimum, souvent ajusté de leur extensions : cannes, béquilles, déambulateur, fauteuils manuel ou électrique, avec leur chaussures de chez “VIEILLE & VIEUX”, plus leurs bas de contention, mais quelle courage, détermination, en fait je les admire, je les regarde car au travers d’elles je vais progresser, puisqu’elles sont magnifiques de l’intérieur et je le perçoit !

Néanmoins, elles me faisaient peur. Pas elles. Ce qu’elles me renvoyaient.

Le miroir que je refusais

Jeune veuve, seule dans une ville nouvelle, dos en miettes… Je voyais en elles mon futur possible : vieillesse, solitude, immobilité, messe..

La vérité, c’est que ce qu’elles me renvoient me fait peur. Pas elles. Moi. Mon futur possible. Vieillesse, impotence, solitude avec la messe comme seul horizon ? Je ne veux pas de ça. Je refuse…ah non non trop jeune, moi je veux vivre !

Alors je souris. Mais derrière le sourire, je me bats contre mon propre miroir, en mode chrétien, c’est un combat spirituel.

Quelque chose a changé. Pas un grand discours. Pas une révélation. Juste un regard. Une présence. Une paix silencieuse.

L’une d’elles et moi, on n’a jamais vraiment parlé. Mais il y avait entre nous une sorte de compréhension muette. Elle m’a appris, sans le savoir, que la vieillesse n’est pas forcément ce que je craignais. Qu’au bout du chemin, il peut y avoir la sérénité. La sainteté, soyons claires.

Aujourd’hui, deux d’entre elles ont disparu

. Personne ne sait. Personne ne demande. L’indifférence.

Je pense souvent à elles. Leur absence est un sentiment délicat. Je les crois bienheureuses.

Et c’est là que tout a basculé

Un jour, face à ce mélange de tendresse, de peur et de vérité, mon petit côté rebelle a murmuré :


Pas gracieux. Pas formaté. Pas dans les codes. Mais vrai. Et en chemin.

Et c’est là que l’histoire a vraiment commencé, parce qu’avant de devenir Crapaud… il faut comprendre ce que ça fait d’en croiser un !